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Idées

16 février 2012

BREF INVENTAIRE DE CE QU’UN ENTREPRENEUR DOIT SAVOIR PAR LES TEMPS QUI COURENT…

L’entreprise sans chefs ?

Lexpress.fr, 12 janvier 2012

« Imaginez une entreprise sans hiérarchie, dans laquelle vous seriez, au même titre que vos collègues, votre propre patron. Pas de chefs, de titres ou de promotions. Chaque employé dépenserait l’argent de la compagnie et serait responsable de l’achat de ses outils de travail. Utopique ? Gary Hamel, expert américain en management et professeur invité à la London Business School, semblait tout aussi incrédule avant de visiter une entreprise hors-norme : la Morning Star Company. Provocant, il relate cette expérience dans la prestigieuse Harvard Business Review, sous un titre à hérisser les cheveux du premier chef venu: “Commencez par virer tous les managers”.
Morning Star, leader américain de la sauce tomate, n’a pas à rougir de ses résultats économiques : 700 millions de dollars de chiffre d’affaires et une croissance continue, pour cette entreprise qui emploie plus de 400 personnes. A la tête de la firme californienne, le président-fondateur Chris Rufer.
Entre lui et ses employés “de base”, aucun échelon hiérarchique. Alors, comment fonctionne cette entreprise singulière ? Sans encadrement, chaque salarié est responsable de sa propre mission, et de l’acquisition des moyens et des coopérations nécessaires.
Aucune limite de prix n’est fixée au personnel quant à l’achat de matériel. En contrepartie, chacun doit justifier annuellement auprès de ses pairs du retour sur investissement de ses acquisitions et réaliser le bilan de ses performances.
Le système fonctionne “car il y a un fort engagement des employés dans les valeurs de l’entreprise, une implication de chacun”, explique Maurice Thévenet, professeur au CNAM et à Essec Business School. “C’est là le véritable enseignement de ce concept. Les entreprises actuelles devraient s’en inspirer”, conclut-il, sans pour autant conseiller d’adopter le système de l’entreprise sans chefs. »

Le syndicalisme, une idée neuve

Le Nouvel Economiste, 19 janvier 2012

« Il n’est pourtant pas temps de mener de façon expéditive le procès “antisyndical” car jamais sans doute le besoin de syndicats ne s’est fait sentir aussi fort dans un contexte de crise économique aigüe et d’accélération de la dissolution des liens sociaux. Ce dont souffre la France, ce n’est pas d’un syndicalisme trop fort qui développerait sa capacité de nuisance mais au contraire d’un syndicalisme trop faible. Seul un syndicalisme fort et responsable peut contribuer aux changements nécessaires en relayant les aspirations des salariés dans un souci d’équilibre. Pourquoi pas en France ? »

Les classes moyennes françaises sont écartelées

Entretien avec Louis Chauvel, pour le magazine Books, 23 janvier 2012

« La réponse américaine à la globalisation (la concurrence marchande) a en effet deux grands concurrents, grands par l’esprit sinon par la taille. La stratégie suédoise consiste à re-former les adultes tout au long de la vie, en particulier les travailleurs des secteurs les plus exposés. Dans le régime nordique, l’investissement dans le travailleur tout au long de la vie n’est pas un vain mot. « Donnez une subvention et le travailleur mangera quelques jours, donnez une vraie formation et il travaillera toujours », pour paraphraser un célèbre dicton chinois. Ce système va de pair avec l’emploi jusqu’à 67 ans pour la grande majorité de la population, et l’intégration des jeunes dans le monde du travail dès l’âge de 18 ans. La stratégie française consiste, quant à elle, à rendre la vie hors du travail tout à la fois possible et même plutôt agréable par rapport aux tensions, anxiétés, humiliations vécues par le travailleur. »

L’ère des talents

Comment naviguer à travers l’ère des talents, étude de ManpowerGroup, janvier 2012

« La grande transformation. C’était le thème de la 42e édition du Forum économique mondial (WEF), qui s’est tenue fin janvier à Davos, en Suisse. La montée inquiétante du chômage en Europe a également animé une partie des débats. Pour retrouver la voie de l’emploi et de la croissance, ManpowerGroup a publié pour l’occasion Comment naviguer à travers l’ère des talents. Cette étude propose aux employeurs d’un monde qui “bifurque” de parier sur la flexibilité du travail et de se mettre en quête des “talents”. Autrement dit, ces perles rares aux compétences particulières, jeunes employés mobiles soutenus par un chef d’entreprise soucieux de sa responsabilité sociale. Pour Jeffrey A. Joerres, PDG de ManpowerGroup, “business model” et systèmes sociaux sont à revoir. Les sociétés devront ainsi repenser leur façon d’évaluer, de recruter, mais aussi de récompenser ces employés du XXIème siècle. La “grande transformation” est en marche et doit permettre de démultiplier le potentiel de chaque collaborateur. »

Soutenir le prochain Steve Jobs

« Une économie faite pour durer est une économie où le talent et l’ingéniosité de chacun sont encouragés. Cela signifie qu’à travail égal, les femmes devraient être rémunérées comme les hommes. Cela signifie que nous devrions soute­nir tous ceux qui sont prêts à travailler, et chaque entrepreneur qui veut deve­nir le prochain Steve Jobs. Après tout, l’innovation a toujours été au coeur des Etats-Unis. La plupart de nos nouveaux emplois sont créés dans des start-up ou des petites entreprises. Aidons-les à réussir en inscrivant leurs enjeux à l’ordre du jour. Démolissons les règles qui empêchent des entrepreneurs à trouver les financements pour grandir. »

Barack Obama, Président des Etats-Unis, lors de son Discours sur l’état de l’Union, 24 janvier 2012

Réduire les inégalités

« Nous devons revitaliser la croissance (…) Comment ? Deux ingrédients sont essentiels : d’abord, nous avons besoin de plus d’innovation et de productivité dans le monde industriel. Il faut pour cela donner aux entrepreneurs le droit d’être mobiles, d’innover, de créer de nouvelles sociétés. Nous devons nous assurer que nous ne détruisons pas notre environnement. Ensuite, il faut faire en sorte que les travailleurs s’adaptent à des emplois qui seront amenés par l’innovation. Un partenariat entre le gouvernement, l’industrie et le monde du travail me semble très important. C’est quelque chose que nous avons négligé, surtout aux Etats-Unis. (…) Si vous rassemblez ces deux ingrédients – l’innovation et la capacité d’adaptation des travailleurs – vous avez une chance de réduire les inégalités ».

Raghuram Rajan, professeur d’économie à l’Université de Chicago, édition du Time, 6 février 2012

Collectif — Dessiner le travail du XXIème siècle

Couverture du LivrePour éviter que le travail ne devienne en France le « mal du siècle », Radio France a mené en 2011 une grande enquête auprès de 6 000 auditeurs. Le fruit de cette étude donne lieu à une publication, mise en valeur par les analyses d’une sociologue (Dominique Méda), d’un psychiatre (Patrick Légeron) et d’un philosophe (Yves Schwartz).
De cette enquête émane certains enseignements passionnants. Pour près de 50% des sondés, le travail idéal devrait permettre de « continuer à apprendre ». À l’heure où il est question, pour les employeurs comme pour les salariés, d’agilité et d’adaptation face au nouveau monde du travail, 57% des personnes interrogées se disent prêtes à changer de ville pour trouver un emploi « intéressant ».
L’enquête esquisse le portrait de salariés français qui comptent sur eux-mêmes pour assurer leur bien-être au travail (73,8%), plutôt que sur les syndicats (12,1%) ou les formations politiques (1,6%).
À quelques semaines de l’élection présidentielle, les auditeurs de Radio France confirment une certaine défiance à l’égard du pouvoir politique. Que ce soit pour l’amélioration des conditions de travail, la baisse du chômage ou la lutte contre les délocalisations, près de 80% des sondés répondent que « les politiques » sont impuissants.
Et lorsque l’on demande à ces Français ce qui les pousserait à créer leur propre entreprise, 48% invoquent un surcroît d’indépendance.

Quel travail voulons-nous ? La grande enquête, édition Les Arènes, 2012

Dominique Goux et Eric Maurin – Centre de gravité cherche équilibre

À l’heure où les classes moyennes deviennent l’un des enjeux majeurs de la campagne pour les élections présidentielles, Dominique Goux et Eric Maurin esquissent le portrait d’une catégorie aux multiples visages.
« Ces nouvelles classes moyennes se caractérisent par trois traits fondamentaux », écrivent les auteurs : « leur dynamisme, leur centralité sociale, leur position d’arbitre ». Premier enseignement de l’ouvrage, la définition des classes moyennes fluctue au fil du temps. Nommées « petite bourgeoisie » au XIXème siècle, à savoir les actifs non salariés, elles mutent au XXème siècle face à l’ascension du salariat. En 2012, les deux sociologues prennent le parti d’une définition sociologique et économique de ce « centre de gravité de la société ». Le « salariat intermédiaire », à savoir les artisans, les commerçants, les professeurs d’écoles ou encore certains cadres de la fonction publique, serait ainsi la matrice d’une catégorie qui représente 30% de la population française. Second enseignement, les classes moyennes ne disparaissent pas, bien au contraire. Ce livre prend ici le contre-pied des idées de Jean-Marc Vittori.
En 2009, l’éditorialiste prophétisait dans L’effet sablier la compression, voire l’effacement des classes moyennes, soumises à une révolution de l’information qui favorisait les classes supérieures. Dominique Goux et Eric Maurin n’éludent pas pour autant le grand para­doxe des classes moyennes. Entre désir d’ascension sociale et peur du déclassement, leur rôle de « noyau stable » est soumis à de fortes tensions.
Le mal-être des classes moyennes, concluent les sociologues, ne pourra trouver sa cure que par l’action d’un Etat-providence, qui ne fera pas de la fiscalité ou des transferts sociaux, un marqueur d’injustice aux yeux des Français les plus courtisés du moment.

Les nouvelles classes moyennes,
Seuil, 2012 —

Les modèles sociaux européens à l’Assemblée nationale

Le 31 janvier dernier, l’Assemblée nationale était plus que jamais dans l’air du temps. Au lendemain de l’intervention télévisée du chef de l’Etat et d’une déclaration commune des membres du Conseil européen en faveur de l’emploi et d’un retour de la croissance en Europe, se tenait au Palais Bourbon un débat sur les « performances des politiques sociales en Europe ». Faisant suite à un rapport d’information sur le sujet remis en décembre 2011 par les députés Michel Heinrich (UMP) et Régis Juanico (PS), ces échanges ont permis d’aborder la question des politiques publiques familiales. Les députés à l’origine du rapport reprennent ainsi quelques grandes thématiques mises en lumière par l’économiste danois Gøsta Esping-Andersen, et liées aux modèles socio-démocrates scandinaves : des politiques sociales favorisant l’égalité entre femmes et hommes face au travail ; la valorisation de chaque naissance par l’Etat-providence ; l’investissement dans les services d’avenir que sont les services à la personne ; l’égalité des chances dans le domaine de l’éducation, et ce dès le plus jeune âge.

Face aux modèles scandinaves, ainsi que le résume le député Régis Juanico, le rapport remis en décembre 2011 vise « à offrir plus de temps de famille aux pères mais aussi de meilleures opportunités de carrières aux mères » en France.

Aux Etats-Unis, les entreprises s’impliquent dans la baisse des coûts de la santé

Il n’y a pas qu’en France que les coûts de la santé constituent une préoccupation majeure pour les assurés, les entreprises et l’Etat. Les Américains dépensent chaque année environ 2 600 milliards de dollars pour leur santé, ce qui représente 18% du PIB. Or, ils n’ont aucune idée des prix des traitements ou des opérations chirurgicales, dans un pays où ces prix varient beaucoup d’un établissement à l’autre. Une étude du Massachusetts Division of Health Care Finance and Policy citée par The Economist montre que le remplacement d’une hanche varie de 20 à 27 000 dollars et une césarienne de 5 à 10 000 dollars.

Pourtant, au cours des dix dernières années, les dépenses de santé aux Etats- Unis ont eu tendance à croître à un rythme moins rapide qu’auparavant. Ce qui montre une attention plus grande portée par les « consommateurs » de soins à la qualité et au prix de « l’offre » qu’on leur propose.

La plupart des salariés américains sont couverts par une assurance santé au travers de leur entreprise. Et ces dernières commencent à sensibiliser leurs salariés sur les coûts de la santé. General Electric propose depuis 2010 un plan « consumer-driven » et incite ses salariés à rechercher les prix les moins chers. Démarche intéressante mais qui s’est heurtée au problème de l’information. Lorsque les salariés de GE ont commencé à demander les prix des traitements et des interventions à leurs médecins, ces derniers ont été médusés par cette attitude car eux-mêmes n’avaient aucune idée de la façon dont ces coûts étaient pris en charge par l’assurance et à quelle hauteur. La réforme de la santé de Barack Obama oblige maintenant les hôpitaux à établir chaque année une liste de prix standards et plus de trente Etats ont pris des mesures pour favoriser la transparence des tarifs.

Mais l’idée qu’un assuré puisse faire son « shopping » de soins et aille au meilleur rapport qualité-prix doit encore faire son chemin. Du coup, les entreprises s’adjoignent des conseils. GE a ainsi demandé à la firme d’information financière Thomson Reuters d’analyser les prix d’un certain nombre de traitements et de procédures dans différents hôpitaux et cliniques.

Une autre société, Castlight Health, en Californie, travaille avec de grandes entreprises et rassemble des données sur le coût de traitements ou d’opérations déjà réalisés, de telle sorte que les assurés puissent comparer et accéder en ligne à des commentaires sur le rapport coût-efficacité. Certes, les entreprises éprouvent des difficultés à révéler les accords financiers qu’elles ont conclus avec les établissements de soins, mais la transparence gagne peu à peu du terrain. De grandes compagnies d’assurance travaillent sur de nouveaux outils et l’on entrevoit déjà le jour où les consommateurs utiliseront leur smartphone pour entrer les symptômes, trouver des médecins compétents, comparer leurs tarifs et prendre un rendez-vous.


2 Responses to Idées

  1. Corinne B says:

    L’entreprise sans chef a réussi à faire ses preuves aux Etats-Unis et ce n’est pas étonnant. C’est un pays avide d’innovation et de nouvelles expériences. Cela doit être une inspiration pour les entrepreneurs en France sans pour autant copier mot pour mot ce modèle là. Il est temps de briser les hiérarchies strictes là où il est plus simple, c’est-à-dire dans les petites entreprises.

  2. Jinga says:

    La France est un pays trop hiérarchisée socialement, et cela se retrouve dans le management.
    CroissancePlus devrait davantage faire la promotion du management type « l’entreprise sans chef » auprès de ses chefs d’entreprise pour que ceux ci représentent vraiment un renouveau.

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